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2018-2022, 4 années de docs.

Intro un automne en Alaska

Extrait un automne en Alaska

photos Alaska

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Je ne sais pas vraiment comment je mène ma vie professionnelle, sans doute au fil de mes idées et de mes envies.  Et je me retrouve à 61 ans à réaliser deux films majeurs dans ma carrière de réalisateur de films documentaires. Le premier, Tout autour de moi pour France Trois Nouvelle Aquitaine, raconte la vie d’un pin maritime qui pose son regard à cet endroit du Cap-Ferret où j’ai reçu mes premières leçons de sciences naturelles, aux côtés de mon grand-père chasseur et pêcheur. Il se trouve aussi que nous venons avec ma femme Valérie, d’y faire construire une petite maison non loin, sur le terrain familial acquis par mon arrière-grand-père en 1940 pour une bouchée de pain et que je pars de chez moi avec une caméra, son pied et un sac plein d’objectifs, d’eau, de café, de bières et de chocolatines sur le dos, tous les matins et tous les soirs, pour aller chercher sur le Mimbeau, une langue de sable presque désertique, les plus belles illustrations. Une sorte de bonheur infini que de travailler bien plus d’un an sur mes souvenirs d’enfance et d’adolescence et sur les regards amoureux portés aux paysages. Une chance inouïe où les projets professionnels s’accordent avec vos désirs profonds. 

 

Au sujet du deuxième film, un automne en Alaska, l’idée de m’isoler du monde date d’il y a plus de 50 ans. Lorsque nous partions en voiture avec mes parents et traversions des paysages, les profonds sillons de la forêt de production de pins des Landes, les couloirs d’avalanches et les crêtes des Pyrénées, balayées par les vents d’altitude, attiraient toujours mon regard et mon esprit. J’avais déjà envie de prendre un sac à dos et que mes parents me déposent, les laissant aller aux bruyantes stations de ski où l’on passait beaucoup de temps à faire la queue dans le fracas des cannes métalliques se coltinant les unes aux autres avant de vous projeter hors sol, vers un tracé périlleux où vous risquiez à tout instant de vous retrouver le nez dans la neige et la jambe fracturée.  Il n’y avait personne avec moi dans mes rêves, je m’orientais seul, cassais la croûte sur un névé, contemplatif, essayant de comprendre le mouvement des aigles, des vautours et des troupeaux au fil de la journée et des saisons. La notion de ‘’cabane au Canada’’ est venue très tôt avec ces pensées, un refuge pour m’abriter de la sauvagerie, un ‘’balcon en forêt’’. Devenu jeune adolescent, j’ai vite goûté à des moments de trop courte réclusion, retour à la voile seul au couchant dans la Lugue du Cap-Ferret, instant de rêveries au contact de mes paysages de jeunesse, parties de chasse et de pêche en solitaire à ne partager qu’au retour. Des livres m’accompagnaient, de Frison-Roche, de Monfreid, de Kessel et de Jack London. Ils m’emmenaient, comme la voiture de mon père, aux portes des grandes aventures, sans que je ne sois capable de m’y jeter complétement.  Sans doute ai-je su très vite que je n’irai pas jusque-là ; Je n’en avais qu’à moitié le courage. J’avais une admiration sans borne pour ces personnages totalement libres, sachant mettre en jeu leur vie pour exister.  Et cela se confirma au fil de mon existence. Car en effet, je n’ai vécu, au travers de mes activités professionnelles et personnelles, que de petites aventures. Je m’arrêtais au camp de base, là où les vrais aventuriers commençaient à éprouver, jusqu’au sommet, dans leurs efforts prodigieux et leurs souffrances, de folles sensations. J’étais subjugué par la force de la nature, son imprévisibilité, les dangers à l’affût. Mais j’étais tout aussi fasciné par ces hommes et ses femmes qui couraient les forêts et les montagnes, les marécages et les déserts, traversaient des pays en guerre. Certains vivaient avec des singes, d’autres cherchaient des filons d’or et se battaient au couteau, un autre encore, passait la nuit dans une sorte de hamac qu’il venait de visser dans une proie verticale à 4000m d’altitude avec, en dessous de lui, 1000 mètres de vide. Avides d’expériences, de connaissance, de paysages et de liberté, ils me laissaient sur place. Sans doute le système et le confort dans lequel je m’étais installé, a nui à ma témérité et m’interdisait l’aventure totale, l’engagement. Une aventure engagée, lorsque l’on parle de nature, est, à l’image de l’alpinisme ou du surf dans les grandes vagues, un moment, un itinéraire, un voyage, un exercice où l’erreur n’est que très peu tolérée. On se retrouve vite dans une situation périlleuse.  Là n’est pas proprement le projet d’un automne en Alaska. Je ne veux mettre ma vie en danger et de cela faire un film. Mais je souhaite cette fois-ci, aller un peu plus loin dans une aventure un peu plus inquiétante, plus incertaine. C’est que je veux flirter avec les sensations d’une coûteuse liberté, éprouvée par ceux que j’ai toujours admiré.   Et la liberté n’est pas le gage d’une vie heureuse (voir Jo et Jean, 2011). L’être affranchi doit faire abstraction de ce qu’il laisse derrière lui et supporter les nouvelles règles du monde libre car il a lui aussi ses limites, ses contraintes, ses lois.  Aurai-je suffisamment de connaissances et serai-je assez prudent pour mener ce projet jusqu’au bout ? Et de cette aventure très personnelle, je veux laisser une trace comme le firent les écrivains voyageurs.

 

Comment aussi ne pas se lancer dans un tel projet sans penser à Sylvain Tesson. J’ai utilisé déjà, en introduction d’un film consacré aux cabanes des chasseurs (Seasons 2012), cette phrase de lui : ‘’gagner, sa cabane, c’est disparaître des écrans de contrôle’’.  Et oui, j’ai vu il y a quelques année ’’6 mois au bord du lac Baikal’’.  Ce film m’avait conforté dans l’idée de proposer en 2015, ‘’Haméka, une maison au pays de palombes’’ à la chaîne Seasons. Mais, à la différence de l’intention de Sylvain Tesson, le sujet n’était de pas de vivre une expérience uniquement solitaire. J’étais, certes, en retrait de la ville et des contraintes liées à la vie en société. Plaisir immense de vivre au rythme de ses envies et de la nature. Mais le Pays Basque n’est pas cet endroit inhabité du Lac Baïkal. La nature est ici entretenue par l’homme. Il contribue à sa beauté, entretient la forêt, fleurit la vallée de troupeaux, fait la guerre à la fougère, aux ronciers et à l’ortie. Le Pays Basque détient cette richesse supplémentaire de la nature habitée, la nature chérie. Parce que je crois que bien plus belles sont les prières que voue l’indien Quechua aux volcans de la cordillère, que la beauté intrinsèque des montagnes, aussi parfaitement isocèles soient-elles. On connaît l’attachement des Basques à la nature, à leur maison et à leurs ancêtres. Leur regard sur le pays donne aux paysages un intérêt primordial, une profondeur.  Et alors que sur les bords du Baïkal, on ne peut que parler de soi, du loup ou de la débâcle, on ne pouvait dans cette vallée profonde du Pays Basque où souffle souvent  et fort haizé egoa, le vent du sud, s’empêcher de sentir autour de soi, une culture vivante à couper au couteau. Dans ce film, partiellement reclus, j’ai donc rencontré aussi des personnages qui venaient me visiter dans cette maison où j’observais la migration des palombes. 

 

Dans ce film Un automne en Alaska, je n’aurai aucun contact avec qui que ce soit, pendant 2 mois, à priori.  Sans aucune possibilité de communiquer, l’homme privé de ses liens sociaux, sans congénère, alors se concentre sans doute sur lui-même, sur son existence et, pour se sauver de la démence ou seulement de l’ennui, il doit aussi s’accrocher à quelque chose. Les tâches en cabane prennent part à cette occupation, suffisent presque mais c’est dans la nature alors que l’on doit se jeter pour y trouver les richesses et son propre accomplissement. En retrait de ma vie conventionnelle (conventionnée), je veux goûter à une autre vie, celle dans laquelle je me suis souvent imaginé, dont j’ai souvent ressenti les odeurs, l’humidité et la chaleur, la solitude, à travers les récits des autres. Intellectuellement en circuit fermé, me retrouvant seul à faire bouillir la marmite de mes pensées, à l’abri de toute contrainte  et de tout divertissement liés à notre vie moderne, loin des autres et au niveau de tous mes sens envahis par la nature,  c’est bien une expérience dont il s’agit, un voyage vers l’inconnu. Mais aussi un film à faire, un carnet de bord à tenir, dans une nature à découvrir. Et des livres à lire. Une chose est bien certaine, je ne crains pas l’ennuie. Mais, au fond de moi-même, inconsciemment, que vais-je vraiment y chercher ? 

Films 52 minutes écrits, réalisés et diffusés 2018-2022.

un Automne en Alaska
Tout Autour de moi
Au fil de la plage
Richard sur Terre
Le canal des Etangs
cher Laurent
Julien dans les arbres
les chantres de la palombe
Guillaume et les truites du Verdon



 

Bande annonce  Tout autour de moi

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